Opéra Bastille : LUCIA Di LAMERMOOR Gaetano Donizetti (1797-1848)

Représentation du 2 octobre 2006

La mise en scène de cette production a été beaucoup critiquée. Il est vrai qu'au début de l'opéra, elle n'apparait pas très convaincante. Dans un décor gai comme un sous-marin russe, la malheureuse Natalie Dessay est condamnée à des exercices de gymnastique à la limite du ridicule. Non pas qu'elle les exécute mal, elle est au contraire tout à fait étonnante d'agilité. C'est simplement un peu lassant de la voir tourbillonner en vocalisant. Sans compter l'inquiétude qui habite le spectateur charitable devant autant de risques pris pour si peu d'avantages. La suite est beaucoup plus intéressante. Andrei Serban insiste vraiment sur l'idée que la malheureuse Lucia est la victime d'une société régie par les hommes. Lucia est broyée par la brutalité masculine. Après tout, il y a encore beaucoup à faire et beaucoup à dire sur le sujet, alors bravo !

La Bastille nous offre rarement une distribution aussi judicieuse. Il est frappant de constater à quel point chacune des voix exprimait par son timbre la psychologie du personnage. Salvatore Cordella a un timbre suave parfait pour le rôle de l'amant et Ludovic Tézier exprimait avec vigueur l'ambition brutale de l'abominable frêre. Mention spéciale à Kwangchul Youn pour la douceur de sa voix et l'humanité que dégageait son interprétation. Natalie Dessay était très à l'aise, d'une musicalité exceptionnelle, adaptant avec intelligence l'interprétation du personnage à sa personnalité vocale. La scène de la folie a donné lieu a un moment fabuleux : elle a "mimétisé" sa voix sur certaines sonorités du glass harmonica qui l'accompagnait. Elle reproduisait avec sa voix le son feutré produit par le frottement du doigt sur le verre dans le medium. Inoubliable !

Ajoutons à cela un orchestre en forme sous l'excellente baguette d'Evelino Pido. Sans aucun doute, un spectacle dont on se souviendra.

Opéra en trois actes (1835) Livret de Salvatore Cammarano d'après La Fiancée de Lammermoor de Walter Scott et la tragédie tirée du roman par Victor Ducange

En langue italienne

Direction musicale : Evelino Pidò

Mise en scène:  Andrei Serban

Décors et costumes : William Dudley

Lumières : Guido Levi

Chef des Choeurs: Peter Burian

Lucia : Natalie Dessay

Edgardo di Ravenswood : Matthew Polenzani

Arturo Bucklaw : Salvatore Cordella

Enrico Ashton : Ludovic

Tézier : Raimondo

Bidebent:  Kwangchul Youn

Alisa : Marie-Thérèse Keller

Normanno : Christian Jean

Orchestre et Choeurs de l'Opéra national de Paris