La Juive de Jacques Fromental Halévy (1799-1862)
Représentation du 20 mars 2007
La juive n'avait plus été donnée à l'Opéra de Paris depuis 1934, à la suite de l'affaire Dreyfus. C'est donc avec une grande impatience que nous attendions cette nouvelle production.

Annick Massis  fait de très beaux débuts à l'opéra de Paris. Elle campe une Eudoxie élégante, vocalisant sublimement. Son jeu sobre est parfaitement convaincant et contraste judicieusement avec le pathos d'Anna-Catherina Antonaci dans le rôle de Rachel. Malheureusement, Anna-Catherina Antonacci n'est pas meilleure ici que dans La clémence de Titus où elle incarnait Vitellia en septembre à Garnier. Le timbre est beau, le medium reste souple mais l'aigu est d'une dureté insupportable. Par ailleurs, sa beauté ne compense pas une musicalité incertaine.

Neil Shicoff, Eleazar historique, assure à lui seul 50% du succès de la représentation : il est tout simplement fascinant. Habité par son rôle, il hypnotise la salle lorsqu'il chante son grand air "Rachel quand du Seigneur". C'est un public largement en larmes qui va l'ovationner durant de longues minutes ! On oublie totalement sa diction française franchement mauvaise, ses dérapages curieux dans les vocalises et quelques autres approximations, Eleazar est là. Notons d'ailleurs qu'il retrouve dans l'aigu une splendeur vocale qui surprend toujours.

La mise en scène et le décor sont absolument remarquables : élégance, justesse et sobriété caractérisent le travail deAnnick Massis. Une structure de poutres en acier évolue  tout au long de l'oeuvre  pour évoquer successivement la cathédrale de Constance, le palais d'Eudoxie et disparaître au dernier acte en un brasier rougeoyant, tragique et somptueux.

Au final, c'est vraiment du très grand opéra que nous a offert la Bastille. Les faiblesses de certains chanteurs étant largement compensées par la justesse de la mise en scène et la prestation inspirée de Neil Shicoff. La salle a d'ailleurs explosé d'enthousiasme à la chute du rideau et les visages illuminés des spectateurs quittant l'opéra faisaient plaisir à voir. On ne dira jamais assez la formidable énergie que peut vous transmettre un grand spectacle d'opéra !

Direction musicale : Daniel Oren

Mise en scène:  Pierre Audi

Décors : George Tsypin

Costumes : Dagmar Niefind

Lumières : Jean Kalman

Dramaturgie : Willem Bruls

Chorégraphe  : Amir Hosseinpour

Chef des Choeurs : Peter Burian

Préparation des Choeurs : Alessandro Di Stefano

La princesse Eudoxie:  Annick Massis

Rachel : Anna Caterina Antonacci

Éléazar : Neil Shicoff / Chris Merritt (3, 20 mars)

Le cardinal de Brogni :Robert Lloyd / Ferruccio Furlanetto (14, 18, 20 mars)

Léopold : John Osborn / Colin Lee (3, 10, 14, 14,18 et 20 mars)

Ruggiero : André Heyboer

Albert: Vincent Pavesi

Orchestre et Choeurs de l’Opéra national de Paris